Vous êtes à bout. Votre existence actuelle ne vous satisfait plus. Tous vos plans pour faire fortune et démarrer une autre vie se sont misérablement écrasés et vous ont rapproché un peu plus de la banqueroute, inévitablement suivie du suicide philosophique ou réel. devenir riche.

Et bien bonne nouvelle ! Dans l’optique de l’esprit “Start a new life with Grayson”, nous avons décidé de vous proposer trois concepts d’entreprises absolument viables qui, d’un coté ne peuvent rien faire d’autre que rendre riche à éclater n’importe quel individu, et de l’autre procureront un plaisir et une joie rares à ceux qui auront l’audace de se lancer dans l’aventure.

NB : toute personne appliquant les idées qui suivent s’engage tacitement à verser à leur auteur des royalties très élevées jusqu’à la fin de ses jours.

 

 

 

 

 

Créer un nouveau type de restaurant surfant sur un concept avant-gardiste et déluré.

 

Cette idée révolutionnaire m’est venue d’une simple constatation : aujourd’hui, les restaurants sont emmerdants à en mourir. Bon, je ne parle pas des fast-food situés dans les quartiers chauds qui, eux, permettent de se faire attaquer à la sortie, ou si on est encore plus chanceux, d’apercevoir une voiture tunée passer à travers les baies vitrées, faisant voler bancs en skaï et burgers tranchés dans des bœufs lépreux.

Non, ceux que je qualifie d’ “emmerdants” ce sont ces des bons vieux restaurants contemporains, avant-gardistes, classiques, hype et j’en passe, qu’on trouve en centre ville ou dans les banlieues chicos, ces mêmes établissements qui pullulent dans le paysage citadin actuel. Et que fait-on dans ces restaurants, je vous le demande ? On y entre, las, on s’assoit, las, on mange, le désespoir à l’œil et le sourire factice, et on paye avant de s’en aller dans une tristesse infinie, le ventre lesté, mais l’âme remplie de vide.

Et bien plus maintenant !! Car moi, Karl Grayson, je vais vous livrer le secret qui fera que la restauration ne sera plus jamais la même, surfant sur un concept à la fois joyeux et porteur de l’un des messages du Fight Club : “lâche-toi !”.

 

Le restaurant s’appellera “La Grande Mangeoire” et sera placé dans un quartier d’affaires, ou juste à la périphérie de plusieurs lotissements moyen/haut de gamme afin que le cœur de cible se sente rassuré et  qu’il ait l’impression d’évoluer en milieu familier. La capacité serait de 70 à 110  couverts avec beaucoup d’espace, mais comme l’idée n’est pas de ressembler à un centre de vacances familial, le prix du panier par tête serait de 40-60 euros – un tarif justifié par son concept exceptionnel – et le décor résolument moderne et avant-gardiste. Peintures pastelles chaudes, chaises bien travaillées en bois et en cuir, matériaux avec de la personnalité et du style, parquet sombre et surtout imperméabilisé, meubles et fournitures de qualité, senteurs distinguées infusées par des pots pourris choisis avec goût et sens du feng-shui.

La clientèle visée quant à elle, sera clairement constituée par les cadres moyens/supérieurs harassés, souhaitant changer de vie pour quelques heures, et les familles peu nombreuses ayant un certain bagage intellectuel, sans quoi l’expérience proposée à La Grande Mangeoire ne signifierait rien d’autre qu’une montagne russe bouleversante mais quelconque.

Les convives seront accueillis par des hôtesses mignonnes et charmantes ressemblant à Selah Sue ou Mila Kunis, vêtues en costume d’avocate : tailleur-pantalon noir, chemisier blanc, chaussures à talons et chignon fait maison. Après s’être débarrassés dans un vaste hall, les clients seront dirigé vers “Le Sas”, une sorte de large Dôme opaque à la lumière rassurante dans lequel chaque personne enfilera une combinaison anti-radiations BioHazard intégrale à l’exception du casque et des gants. Les hôtesses colleront du sparadrap ukrainien confortable au niveau des poignets et du cou pour que la tenue soit absolument hermétique, puis elles inviteront les clients à sortir du Sas pour leur présenter les emplacements disponibles.

Toutes les tables seront rondes et issues de l’artisanat, en bois de grande qualité, et absolument planes. Elles seront également cerclées sur toute leur circonférence d’un bandeau de silicone extra résistante de 1 cm d’épaisseur pour 4 cm de hauteur, de manière à ce que le convive puisse s’affaler sur toute sa longueur sans aucun danger ni pour lui ni pour le matériel.

La nourriture sera préparée dans une cuisine semi visible par des gros cuisiniers doués mais stéréotypés, spécialisés dans les plats très copieux tels que les pâtes en sauce, viandes en sauce et poissons en sauce. Les hôtesses serviront chaque plat directement sur la table, sans assiettes, ni nappe,  ni couverts et avec suffisamment d’inertie pour qu’une grande quantité de sauce gicle au visage des clients, dans les rires amusés de toutes les personnes présentes (un peu comme dans certains restaurants classiques).

Quelques minutes après que chaque tablée ait commencé à manger leurs tournedos rossinis et leurs tagliatelles truffes-carbonara avec les doigts, se délectant au passage de l’accomplissement de se débarrasser de toutes les conventions frustrantes des dîners contemporains, un puissant moteur électrique se mettra dans un premier temps à faire osciller les tables, puis dans un second, à les faire tourner sur elles-mêmes, mélangeant les sauces et les denrées de tous les plats entre elles, dans une joie communicative et un esprit convivial enfin retrouvé.

N’ayant pas de verre, la personne qui souhaitera boire devra héler un mot de passe du type “litron !”, “gros rouge !” ou “boutanche !” et une serveuse arrivera avec une bouteille de bon vin, attrapera le client par les cheveux, lui basculera la tête en arrière et versera l’alcool directement du goulot au gosier (si la personne est chauve, l’hôtesse pourra lui faire une clef de bras afin de lui mettre la tête en arrière. Personne n’aime les chauves de toute façon).

Quand la soirée sera bien entamée, le patron du restaurant pourra augmenter la vitesse de rotation des tables, ce qui propulsera les denrées de plus en plus à l’extérieur de celles-ci. Une sorte d’esprit fou envahira alors chaque homme et femme présents. Certains arracheront leur combinaison, se vautreront sur la table -imprégnant leurs magnifiques chemises Arrow de sauces et d’aliments non identifiables- et se mettront à tourner avec elle, d’autres se laisseront aller à leur pires fantasmes maladivement refoulés durant une vie toute entière, et dans un cri libérateur et terrifiant lanceront une poignée entière de bolognaise dans le dos des serveuses, alors que les cadres distingués laisseront apparaître leur véritable visage de gros porcs de banlieue en leur aspergeant les seins de moutarde avec un sourire lubrique et le visage ruisselant de sueur. Les parents dévoués mais malmenés pourront attraper leur chérubin et s’en servir de serpillière sous les yeux amusés des grands parents, alors que les clients les plus drôles arracheront les tables du sol et les propulseront droit dans les brasseurs d’air aux pâles aiguisées, lesquels vaporiseront de la sauce rumsteck et des morceaux de filet mignon à l’abricot dans les cheveux de tous les bienheureux présents.

Vers minuit, le gérant fera tourner les tables à leur régime maximum, ce qui obligera les convives à se replier vers Le Sas pour ne pas être victimes d’une projection fatale de nourriture. L’addition sera réglée directement et de façon automatisée dans le Dôme chaleureux, et la tenue de protection sera abandonnée ici. Une fois tous rhabillés de leurs costumes chers et ternes, et recouvrant ainsi leur apparence banale, tous les invités se retrouveront, épuisés, heureux, et certains même en larmes dans le hall, aux cotés des serveuses. S’ensuivront accolades et remerciements étouffés par l’émotion d’avoir vécu une expérience exceptionnelle, puis de multiples regards en arrière destinés à l’enseigne de La Grande Mangeoire, un sentiment de nostalgie commençant déjà à poindre. Selah Sue et Mila Kunis recevront plus tard des tas de cartes postales et de déclarations d’amour.

 

 

POUR : concept UNIQUE, notoriété mondiale assurée, franchises ouvertes par dizaines. Mise à genoux de la société moderne basée sur l’apparence et le maintien. Sentiment d’auto-accomplissement incomparable.

 

CONTRE : risque de fuite du personnel, coût élevé en nettoyage et en matériel. Risque de dérives dues au chaos ambiant : émeutes, meurtres, gangbangs.

 

 

 

 

 

 

Proposer aux gens de créer des chaussures et des vêtements fabriqués en fruits et légumes.

 

La crise financière n’aide pas, pour ce qui est de se vêtir. La plupart de ceux qui souhaitent acheter des fringues sympathiques et de bonne qualité se restreignent la plupart du temps aux soldes été/hiver, et c’est avec une déception féroce qu’ils se retrouvent avec leurs achats d’impulsion qui se résument à deux chemises Briefing au coton gratteux et à la coupe tellement ajustée que le fait de mettre ses épaules en arrière propulse immédiatement à huit mètres les trois boutons supérieurs. D’autres personnes se souviendront quant à elles de la bien trop longue ceinture Boss qui les a contraint à lui rajouter artisanalement des trous supplémentaires non alignés à l’aide d’un vide-pomme Victorinox, ou encore du futal Cerruti en laine qui colle à l’intérieur et qui, à l’extérieur, est lentement mais sûrement en train de ronger le cuir de leur fauteuil préféré.

Et bien la révolution vestimentaire viendra de l’écologie ! Et cette vérité devait s’imposer à moi, Karl Grayson, en deux temps. Il y a de cela plusieurs années, alors que je taquinais mon père comme un chiot hyperactif lorsqu’il était chargé de poubelles alimentaires, vint le moment où, excédé, il mima le geste d’envoyer sur moi l’un des fétides sacs noirs. Hélas, trois fois hélas, le plastique bio des années 2000 était à peu près aussi résistant que du papier toilette discount trempé dans de l’eau. Et alors que la anse du sac restait dans la main de mon agresseur,  je me retrouvais quant à moi, après une horrible projection de détritus comestibles, recouvert de melon pourri, de pastèque gélatineuse et de divers légumes me donnant des allures de compost vivant. Des années plus tard, alors que l’une de mes paires de chaussures favorites venait de se délester de tout un pan de leur cuir, j’utilisais de la glue et une prophétique peau d’aubergine afin de faire raccord. De près, le résultat était immonde, mais à plusieurs dizaines de mètres, l’illusion était parfaite.

Aujourd’hui les légumes bénéficient d’une résistance accrue grâce aux OGM, ou tout simplement parce qu’il n’y a plus rien de naturel dans certains d’entre eux. Dès lors, il devient patent que ce secteur contient beaucoup plus de potentiel que Jamie Oliver ne veut bien le reconnaître.

Le slogan de l’entreprise (dont le nom reste, lui, à déterminer) sera “Faites pousser vos propres vêtements” ou “Faites pousser vos vêtements vous-mêmes”. Ladite entreprise fournira deux services : les kits de semences diverses pour faire pousser les pantalons, chemises, tuniques et chaussures selon les goûts de chacun, ainsi que la possibilité d’avoir recours aux conseils d’un coach en agro-textile© portant également la casquette de spécialiste en développement personnel. Le but d’un tel intervenant étant d’apprendre aux clients à faire pousser des poivrons mutants afin de les transformer par la suite en mocassins de ville de couleur rosewood et de faire de même avec toutes sortes de fruits et légumes tout en s’assurant que les parures vestimentaires s’accordent avec le chi de leur créateur, et projettent une aura positive et dominante.

Une fois que l’entreprise aura gagné une véritable crédibilité médiatique, cette dernière mettra à disposition des clients ne possédant pas leur petit jardin personnel de vastes surfaces situées dans des lieux iconoclastes (toits d’immeubles, zones industrielles, no man’s land) et remplies de petits espaces individuels cultivables attribués à chaque personne pour un coût mensuel dérisoire. Ces centres (baptisés Clothes Farms, ou bien un autre nom moins pompeux à trouver ultérieurement) seront des lieux d’échange et de partage reléguant Woodstock au rang de foire aux livres de village. Après quelques mois d’existence, 80% des usagers possédant un compte Facebook le clôtureront pour s’adonner aux plaisirs de la véritable interaction avec des gens réels, plutôt qu’avec des amis virtuels merdiques et inutiles se prenant en photo torse nu dans leur salle de bain avec une expression de canard sur le visage.

Au bout de quelques mois, les adeptes de ce tournant vestimentaire se compteront par dizaines de milliers, et rivaliseront d’ingéniosité pour trouver les parures les plus frappantes. Les magazines people qui auront tellement contribué au moisissement intellectuel disparaîtront et feront place aux fanzines de mode éphémère. Les personnalités du monde entier céderont aussi à l’irrésistible spirale. Costume en feuilles de cannabis avec boutons de manchettes en gélules d’antidépresseurs pour Robert Downey Jr., babygros géant composé de grappes de raisin quotidiennement renouvelées pour Gérard Depardieu, cheveux en poils de noix de coco pour François Hollande, pagne de compost non identifiable assorti à son dernier lifting pour Madonna, et enfin l’inénarrable tunique en peau de kiwi assortie de lunettes à monture faites en branches d’eucalyptus elles-mêmes couronnées par le provoquant pantalon en cosses de cacao tressées doté dans l’entrejambe d’une tige de bambou dressée vers le ciel, ensemble de choix du visionnaire Karl Lagerfeld.

 

 

POUR : vêtements bios, 100% biodégradables. Coût peu élevé, retour à des valeurs saines basées sur le partage d’idées, l’artisanat personnel et la capacité créatrice individuelle. Constitution à long terme de divers groupes d’influence, de lobbies, voire de forces politiques dominantes.

 

CONTRE : durée de vie du produit limitée. Risque d’être attaqué par toutes sortes d’herbivores et de frugivores (écureuils névrosés, oiseaux belliqueux, singes, girafes, etc.). Possibilité de dérive vers un mode de vie post-hippie où certains individus persisteraient à porter des vêtements ayant dépassé le stade du pourrissement avancé et continueraient néanmoins à se rendre dans leurs lieux de travail et dans les lieux publics. Risque d’émeutes, de maison-mère incendiée, de guerre.

 

 

 

 

 

Fonder une entreprise permettant aux gens de vivre une double vie parfaite en ayant recours aux services de certains animaux et crustacés.

 

Cette dernière idée est en corrélation directe avec une étude récente arguant que plus de 70% de personnes estiment ne pas être heureuses et voudraient bien avoir une vie différente. Car là réside tout le paradoxe de la société contemporaine, cette dernière nous abreuvant de merdes technologiques inutiles dont l’achèvement est de donner le cancer à leurs utilisateurs sous prétexte de leur permettre de communiquer. Centres de beauté pour avoir les dents plus blanches, le ventre moins gros, le cul plus ferme, l’haleine moins puante ; modèles médiatiques qui sont passés de Clint Eastwood dans les années 70-80 à une bande d’ahuris qui jouent au poker en se prenant au sérieux aujourd’hui ; destruction de la pensée individuelle par les programmes télévisuels, et ne parlons pas de la “réalité augmentée” et des robots qui parlent.

Bref, rien n’est fait pour l’individu, si ce n’est de lui proposer des artifices ridicules afin de lui permettre de le rendre sourd à ses hurlements intérieurs. Et bien plus maintenant ! Car moi, Karl Grayson,  je vais vous livrer l’ultime clé vers la richesse ET l’altruisme.

Le slogan de l’entreprise sera soit “Votre vie vous appartient.”, asséné comme un coup de massue afin de déclencher un déclic dans le cerveau des clients, soit “Votre vie vous appartient-elle vraiment ?”, faisant écho au questionnement philosophico-bouddhiste qui viendra semer la confusion dans l’esprit des gens, suivie du questionnement individuel et enfin de l’acte d’adhésion.

Ici encore, le nom de la société reste à définir. Il est plus important de s’appesantir sur les services qu’elle proposera. En quelques mots, celui ou celle qui souhaitera s’enfuir de sa propre vie, sporadiquement ou définitivement, se verra proposer de réaliser son rêve. Envie d’échapper à un mari jaloux, possessif et meurtrier ? À une femme devenue moche suite aux ravages du temps ? A un collègue stupide qui pense que “chronophage” est une insulte dirigée vers ses enfants ? A un gouvernement qui vous pourchasse car vous avez décrypté le terrible message caché de la trilogie Matrix ? Nous apporterons la solution. Mais comment ? COMMENT ?

 

Et bien la réponse est à la fois simple et logique : en vous remplaçant par des animaux qui, suite à une opération de chirurgie esthétique, vous ressembleront comme deux gouttes d’eau. Notre équipe sera composée de chirurgiens Russes ayant bossé sur de nombreux projets top secret pour l’armée durant la Guerre Froide, et de chirurgiens thaïlandais ayant vu défiler sous leurs scalpels la plupart des transsexuels de Phuket. Grâce à leurs connaissance combinées, l’animal voire le crustacé le plus indiqué à sa mission se verra doué de parole et aura l’apparence physique du client dans ses exactes proportions.

Le prix du service sera facturé en fonction de la mission à remplir. Évidemment, le tarif sera différent selon qu’il s’agisse d’envoyer un rat-mangouste à crête cendrée dans une soirée pleine de péteux cannois à la stupidité abrasive, ou bien de proposer à un singe tigré de la baie de Fukushima de fuir des tueurs de la mafia durant une vie entière.

 

Vous n’y croyez pas, n’est ce pas ? Pourtant, regardez bien autour de vous… N’avez-vous pas remarqué que certains de vos proches, voire des personnalité publiques, étaient récemment devenus plus charismatiques, ou inversement, carrément cons ? Cela vous surprendrait-il de savoir que suite à vos accès de fureur, votre petite amie a été remplacée par une raie-salamandre néfaste du désert de Cancun ? Que votre patron est désormais un mainate parleur vendeur ? Que François Hollande a fui ses responsabilités et que celui qui parle en son nom est désormais une gambas cuivrée ne supportant pas le soleil ? Ou encore que le rédacteur de ces lignes est en fait un congre-rapace à la mentalité altérée ?

 

 

POUR : service avant-gardiste.

 

CONTRE : risque de tensions avec les organisations de défenses pour animaux, risque de paranoïa mondiale, risque de voir les animaux réplicants s’organiser en groupes afin de dominer le monde, risque d’émeutes, de maison-mère incendiée, de guerre.

 

 

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