Il est toujours réjouissant de constater que certains hommes, qui jusque là n’en avaient jamais rien eu à encadrer, peuvent devenir du jour au lendemain animés d’une passion fantastique pour les accessoires de mode. Golana

Dans mon cas (et par “dans mon cas”, je veux bien sûr dire dans le cas de l’un de mes très nombreux amis) cette passion s’est déclenchée au cours de l’un des meilleurs moments de la vie, le début de la petite trentaine. Oui, oui, ces moments fantastiques où la masse musculaire de la ceinture abdominale (que nous surnommions jadis “la défricheuse de bikinis de Théoule”) diminue fortement au profit d’un gros ventre mou qui nous contraint à fermer notre pantalon allongé comme une bête sur le carrelage poisseux des restos route ; ces moments où la calvitie, l’astigmatisme et les poussées de pilosité incontrôlée à des endroits embarrassants nous rattrapent fatalement. Ces moments où, mettant les échecs successifs auprès des femmes sur le compte de tous les traits de caractère maléfiques qu’elles ont en commun, nous avons décidé de nous passer à jamais de copines, leur préférant une surdimensionnée collection de Fleshlights fièrement exposées sur la cheminée et camouflées, lorsque des invités arrivent, dans des fausses cannettes de bière grand format, ce qui a conduit à plusieurs situations fort cocasses.

Bref, à cette époque peut être sont-ce vos problèmes de surpoids ou bien une copine exigeante qui vous ont traîné dans un centre commercial lors de la deuxième démarque des soldes. Et rien, rien ne vous y avait préparé, et pourtant… Il a suffit que vos yeux se posent un instant sur une paire de Dillinger pour qu’un déclic se produise et que vos sens et vos névroses se retrouvent submergés, comme si vous aviez trouvé là de quoi combler ce vide terrifiant qui vous avait accompagné durant toute votre vie. Depuis, vous vous faites un devoir de rester informé sur la mode. Vous regardez Fashion Police même si vous trouvez cela absolument ridicule, et vous pouffez d’excitation comme une fillette en face de Dora l’Aventurière quand un de vos amis vous apprends qu’il porte des Monderer Heritage que même un extra terrestre n’oserait chausser. Et comme votre passion est devenue mégalomaniaque, vous vous êtes maintenant mis en tête de collectionner des montres.

 

La nouvelles section Hip But Cheap a donc logiquement été créée pour tous ces accessoires de mode ou de mode de vie (lifestyle étant, of course, nettement plus fun) ayant en commun le fait d’être -ou d’avoir l’air- cool, ou de proposer de réels avantages pour leurs possesseurs, tels que confort ou durabilité, tout en restant dans des tarifs abordables au commun des mortels.

 

Concentrons-nous donc, pour ce premier article, sur les montres à moteur quartz ETA Golana estampillées « Swiss Made ».

 

 

 

 

Si on en croit le petit livret fourni avec chaque montre, Golana a été fondée en 1956 lorsque Heinz et Anna Goll rachetèrent la licence d’une horlogerie fondée en 1898 dans le petit village Suisse baptisé Les Bioux.

Le circuit de distribution des montres est assez étrange, puisqu’elles sont absolument introuvables dans certains pays d’Europe. Plus suspect, la marque est principalement vendue sur Amazon à la moitié de leur prix public, ce qui reste étonnant pour un produit Swiss Made. Pour ma part, je possède depuis plus de deux années un modèle Aero 200.3 acheté 159 euros, et un modèle Aqua 100.1 payé, Dieu merci, “seulement” 107 euros.

Et si mes derniers mots ne vous ont pas mis la puce à l’oreille, autant être explicite : la marque a de GROS problèmes de suivi de qualité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commençons par l’Aero qui, elle, m’a presque toujours apporté satisfaction.

Lorsqu’on y connaît rien en horlogerie, le seul élément qui puisse nous pousser à l’achat est l’esthétique. Je recherchais une montre avec bracelet en cuir marron et chronos, la Golana de ce point de vue est vraiment magnifique. L’épais boîtier (13 mm) combine acier brossé et acier poli de fort belle façon, les aiguilles sont belles et le fond ne présente aucune poussière. En revanche, il s’agit d’un boîtier qui avoisine les 50 mm de diamètre. On est encore loin des DZ7 de Diesel qui permettent de suivre les fuseaux horaires de soixante-douze pays et de se protéger des tirs de snipers, mais quoi qu’il en soit, si vous avez plutôt le physique de Woody Allen, mieux vaut vous offrir une plus petite montre. Essayez donc la marque Obaku, elle aussi disponible chez Amazon, qui symbolisera votre paix intérieure avec aisance et sobriété, pour un prix d’achat cela dit parfois un peu trop élevé à mon goût.

Le bracelet de la Golana est également de bonne qualité, avec des surpiqûres blanches de bel effet et un fermoir griffé (au contraire de la couronne qui, elle, est vierge de tout logo). Voilà pour l’esthétique, vraiment classe et délicieux. Venons-en maintenant au moment où j’aurais dû détecter le signe qui m’indiquait d’en rester là avec cette marque, c’est-à-dire sur une bonne impression : le chrono des 30 minutes situé en haut à gauche ne démarre pas. Aussi simple que cela. On lance le chrono, et l’aiguille reste désespérément bloquée en position douze heures. Il faudra la décaler manuellement de quelques minutes pour qu’elle se mette à tourner de concert avec les autres aiguilles, ce qui vous obligera à avoir recours à un peu de calcul mental pour savoir exactement quel temps lire sur votre chronomètre.

 

Et je ne sais pas, non je ne sais pas pourquoi j’ai commandé une Aqua, surtout à l’instant précis où j’écris ces lignes. Pour 107 euros donc, on se retrouve avec une montre de plongée avec lunette dédiée et deux couronnes screw-down, une fois de plus visuellement somptueuse et impressionnante (surtout ces vaguelettes en relief apposées sur le fond qui ne se révéleront qu’avec l’angle de vue et l’illumination adéquats), mais qui est une catastrophe en terme de qualité. La première montre a tout simplement refusé de démarrer. La seconde possédait un bracelet inférieur dont une partie du cuir était sommairement arraché/élimé.

La troisième portait sur son boîtier des marques qui suggéraient que quelqu’un s’était offert une panoplie de Ginzu 2000 sur le télé-achat et avait tenté de découper la montre en travers. Notez aussi que l’une des deux dernières montres (je ne me rappelle plus laquelle) était parée d’une gigantesque poussière blanche plaquée contre le fond. A ce stade proche de la folie, je me suis entêté, psalmodiant “mais elle est tellement belle cette montre”, et j’ai décidé de retourner une fois de plus le produit, me retrouvant avec une quatrième montre, à l’apparence parfaite, mais qui a révélé un défaut “mineur” pour une montre Swiss Made : une sorte de gros fil en nylon noir qui dépasse joyeusement de sous la lunette de plongée (voir photo de gauche, pile à la fin de la section blanche de la lunette). J’ai malgré tout décidé de la garder, ceci étant le défaut le moins patent depuis le début de mon aventure. Puis, le temps passant, je me suis aperçu que la montre retardait de presque une minute par semaine, fait exceptionnel pour une montre à quartz. Changer de pile n’a pas changé la donne d’un iota, et j’avoue que mon horloger a eu un regard amusé lorsque je lui ai demandé ce qu’il pensait du “mécanisme suisse”. Le genre de regard qui vous permet de prendre la pleine mesure de votre naïveté. D’un autre coté, une petite voix me le disait : le mécanisme a un bruit un peu trop sec, et les aiguilles un peu trop de mou et de tangage lorsqu’on les règle pour être honnête.

 

Aujourd’hui et concernant toutes les marques, le label Swiss Made peut être décerné à n’importe quelle montre du moment qu’au moins 50% de la valeur des pièces constituant son mouvement soient d’origine Suisse, et que la montre et son mouvement soient assemblés et contrôlés en Suisse. A l’heure où tous les effets pervers de la mondialisation et de la réglementation “UE” nous jaillissent en pleine gueule, l’obtention du label Swiss Made est une autre forme d’aberration qui nous permet de nous retrouver avec des pièces chinoises dans des montres Suisses contrôlées et assemblées par des Chinois résidant en Suisse, ou tant qu’on y est, directement dans une ambassade Suisse sur le sol Chinois. Quant aux autres pièces hors mouvement, bracelets et boitiers, toutes les fantaisies sont autorisées suivant la règle citée plus haut. Cuir d’âne Indien, acier inox issu de la récup de cartes mères de téléphones russes trempés dans le plutonium, et aiguilles faites en percuteurs d’AK 47 recyclés, la seule limite est l’imagination !!!

 

 

Verdict Montres Golana

Hip but Cheap :

○ Des montres visuellement très réussies, lourdes, belles et dégageant une impression de robustesse et de fiabilité.

○ Beaux matériaux, belles aiguilles, belles couronnes, beau cuir, bracelets épais, belles finitions, très bonne phosphorescence des aiguilles et des marqueurs.

○ Le système Amazon qui permet de renvoyer ses produits sans débourser le moindre sou grâce aux étiquettes imprimables prépayées.

 

Hip but Shit :

○ Des défauts à la pelle si vous êtes malchanceux ou que vous tombez sur une mauvaise série, chrono qui ne démarre pas, poussières sous le verre, cuir déchiré, coups sur le boîtier, aiguilles qui s’arrêtent, appendices terrifiants qui apparaissent sous le verre.

○ Montres à quartz qui retardent BEAUCOUP, exceptionnel.

○ Contrôle de la qualité peut être un brin dilettante.

○ Le label Swiss Made honteusement détourné.

○ Montre Suisse : montre Suisse/Chinoise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En conclusion face à ma propre expérience, acheter une Golana s’apparente à la loterie. Les montres ont pas mal de commentaires positifs de la part de certains clients, et peut être que ces derniers n’auront jamais le moindre problème avec celles-ci.

Cela dit, lorsqu’on se retrouve dans mon cas il est difficile de conseiller cette marque, sauf si on ne recherche rien d’autre que l’esthétique ou qu’on se moque de tous les défauts cités plus haut tant qu’ils n’entament pas la fonction primaire de la montre qui est de donner l’heure (le chronomètre de l’Aero a beau être foireux, cela ne m’empêche pas de la porter et d’en être content, toutes proportions gardées). Mais le plus choquant dans les produits Golana reste le nombre de défauts hallucinants embarqués sur un modèle comme l’Aqua : quatre montres, et des défauts impardonnables à chaque fois. Quant on achète une Timex à 9 euros, soit, mais sur une montre fièrement estampillée Swiss Made -même à 150 euros- soutenue par un site internet (au SAV injoignable) élogieux et vomissant les superlatifs, faut pas déconner. Même quand les montres sont aussi belles.

De votre coté, j’espère que cet article vous aura informé.  Du mien, je serais curieux de voir ce que donne le nouveau modèle automatique “Advanced Pro” de la marque, vendu au prix public de 1800 euros… et déjà proposé à – 50 % sur le Net.

4 Réponses

  1. Jimmy

    Présentation fournie et sans concession – l’expérience ne remplace aucune mauvaise bonne première impression !
    J’ai 2 Golana achetée chez Chronoprestige et n’ai aucun problème pour le moment. Lors du remplacement de la pile, l’horloger a identifié des mécanismes Quartz ETA et un montage de très haute qualité. Point où je rejoins le narrateur : Service après-vente de la marque inexistant ! Leur nouveau site Internet donne pourtant depuis quelques semaines une adresse physique en Suisse… mais on sait que le propriétaire est un Hollandais qui fait dans le diamant ! Golana reste une marque étrange et difficilement cernable – Ils jouent semble t-il sur un certain flou, qui cependant n’enlève rien à la qualité globale du produit !

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    • Grayson
      Karl Grayson

      On retrouve en effet dans un article plus récent la façon de produire des montres Golana : ils passent par un fabricant tiers spécialisé dans les produits anonymes (boitier, bracelet, and so on), achètent les mécanismes et combinent le tout en incrustant au passage leur logo et leur marque sur la montre.
      J’en veux pour preuve que lors d’un (long) retour en SAV, on est contacté non pas par l’atelier de Golana mais par celui du fabricant de boitiers.

      Cela dit, même avec ma pas géniale expérience personnelle, je continue à porter les montres (l’Aero vient A NOUVEAU de s’arrêter mais cette fois je soupçonne plutôt la pile) et je dois dire que la nouvelle gamme qu’on retrouve sur Amazon est dans la droite lignée des précédentes : une vraie réussite esthétique et des prix séduisants.

      En souhaitant que vous n’eussiez jamais de problème avec vos montres !

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  2. Yves

    Bonjour,Sans vouloir refroidir votre enthousiasme, j’ai parcouru le site et la plupart des montres présentées sont équipées d’un mouvement japonais (Miyota pour la plupart).Sur le même site, les montres Kienzle utilisent elles des mouvements ISA, mais Kienzle est une marque allemande. ISA est une manufacture suisse, mais avec une branche à Hong-Kong, ce qui fait que l’on n’a pas vraiment l’assurance de la provenance réelle, d’autant que le qualificatif Swiss Made est de manière générale sujet à caution dans l’horlogerie : pour eatre qualifié de Swiss Made, un mouvement horloger doit contenir un certain pourcentage de la **valeur totale** en provenance de Suisse !Quant aux montres Waooh elles-meames, elle ne se distinguent guère de la production Made in China de supermarché et sont pour certaines carre9ment importables. J’ai bien peur que le made in France soit très largement sujet à caution, le dessin des boîtiers rappelant la production chinoise.Pour info, la dernière manufacture frane7aise, Technotime (ex France Ebauches) a fermé ses portes l’année dernière.

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  3. McManus

    Golana, Grovana, Revue Thommen : même combat. Marketing basé sur le label Swiss Made. Fiabilité et durabilité aléatoires, service après-vente ridicule, et finalement aucun intérêt réel.

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