De nombreux tutos recommandent de commencer un post sur un blog par une phrase péremptoire.
Voici:

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“N’achetez jamais
de MG Midget

à un anglais en short
avec un chapeau de cow-boy

et des bottes en plastique.”

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Les mauvaises histoires commencent toujours par un projet échafaudé sur une utopie puis se lancent sur un coup de tête. Ici l’utopie est de croire qu’il existe un paradis pour les amateurs de voitures anglaises, le coup de tête, prendre deux billets d’avion en aller simple pour s’y rendre et ramener des pièces détachées dans une voiture trouvée sur place… Ensuite, il n’est plus possible que de redescendre se confronter à nouveau à la réalité, puis, à la stupidité de vos choix:

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Beaulieu,
c’est loin.

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Depuis le sud de la France, il faudra prendre un avion low-cost géré par une compagnie ougadaise (ou belge peut-être) mu par des hélices et volant à basse altitude…
En vol, vous avez toujours le même périlleux rituel. Vous faites tout pour vous prendre une cuite. Certes le risque de mal de l’air est accru, mais le temps à bord parait infiniment moins long. Malheureusement, assis sur des sièges à vous faire regretter ceux d’une 2CV, l’ignoble vinasse chilienne se laisse difficilement siroter. Elle eut été bien utile pour passer le goût de la charcuterie qui évoque celui des tartelettes Ikéa. Il ne vous reste plus qu’à lire la presse que votre partenaire a pensé à prendre. Dommage entre Auto-Retro et Retroviseur, le tour est vite fait, le mal au coeur encore plus grand…

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Beaulieu,
c’est froid.

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“Attention aux cervidés.”

“Ne tombez pas en panne la nuit.”

“Ne mangez que du poisson dans les pubs.”

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Voici les énigmatiques conseils que la vieille anglaise qui roule en deucheuveau en dessous de chez vous avait prodigué. D’autres, plus précis, que votre tempérament profondément méditerranéen vous avait amené à minorer: non, vous n’allez pas vous balader avec un ciré et des putains de bottes au début du mois de septembre. D’abord, des bottes, vous n’en avez pas…
Bien entendu, une fois sur le tarmac anglais, tandis que la gerbe provoquée par le picrate vous quitte, la fine pluie commence de vous tremper jusqu’au os. Tandis que votre petite chemise prend l’apparence d’un rideau de douche collé à un fessier, le pull en laine d’agneau de votre père commence à en prendre l’odeur et ses cheveux, l’aspect.

Pourtant, atour de vous, les anglais se baladent pourtant en short, en débardeur, à vélo. A vrai dire, ils ne paraissent même pas mouillés par la pluie que ne cesse depuis maintenant 1 heure.

L’Autojumble n’est pas encore à côté. Vous aviez donc réservé une Citroën Cactus Hello Yellow sur internet. Mais sur place, on vous demande de choisir entre une Opel ou une Fiat 500 Rouge. Et même si tous les quolibets sont contre vous, vous préférez vous balader à deux gaillards dans ce Blob Rouge plutôt que de devoir raconter, même à un inconnu, que vous avez conduit une Opel…

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fiat-rouge-pourrie

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Une heure de route plus tard, passée à changer d’autoroute dix fois, suivant des panneaux qui indiquent tout et n’importe quoi mais ni “Beaulieu” ni “Fucking Autojumble”. Finalement, votre GPS vous indique de tourner à gauche sur une route qui fait la largeur d’une petite Fiat rouge moins vingt centimètres de chaque côté.

Vous venez de pénétrer le New Forest.

Cette réserve naturelle date de 1079 et fût créé par Guillaume le Conquérant. Ses 374 km² de bois et de marécages abritent une race de poney endémique, une abbaye et un musée automobile. Ce détail est important pour vous préparer à la suite, sur cette route presque déserte, vous allez devoir éviter TOUS les animaux qui se promènent en liberté (chevaux, faisans, ânes, vaches, moutons…) tout en vous maintenant suffisamment dans le bas côté pour éviter aussi tous les Land Rovers qui arrivent plein gaz en direction opposée et soufflent à chaque fois la Fiat dans les marécages au milieu des poneys.

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Malheureusement, le vendredi, les stands ne sont accessibles qu’aux exposants…

Vous qui naïvement pensiez faire de bonnes affaires vous retrouvez comme deux cons, sous la pluie, sur un parking désert, à regarder trois horreurs débarquer de leur porte voiture pour se mettre en place dans le coin des autos à vendre. Une MG Midget rouge avec des casquettes de phares et des jantes à rayon de 21 pouces toise une Jaguar Type E reconstruite en hommage au film “Les seigneurs de la route” (Death Race 2000, avec Sylverster Stalone…)… Bref, clairement, les rosbifs ont ressorti leurs épaves dans l’espoir de les fourguer à ces imbéciles d’étranger, certainement une énième revanche de la défaite d’hastings qui leur est toujours restée en travers…

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La pluie, 
Toujours la pluie…

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En retournant à l’hôtel, vous vous perdez dans ces dédales de chemins, trop concentrés à éviter les vaches et les ânes qui vous foncent dessus en Discovery. Tout à coups, LA PERLE se tient sur votre droite: un magnifique Land Rover Série 2. Contact pris avec le fermier, l’auto est bien à vendre… Elle roule parfaitement… Il en veut 5000£…  Et le tablier n’est qu’un peu rouillé… Et l’arbre qui pousse à l’intérieur? La végétation est abondante par ici…

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lost-landy

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Ces anglais
sont incorrigibles…

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Après un nouveau dédale de chèvres, de buissons et de discoverys, un imbroglio de ponts et d’autoroutes vous conduit à Southampton. Ville de départ du Titanic, vous serez abreuvés de références au célèbre navire, de la simple photo d’accueil du hall de l’hôtel jusqu’aux motifs du papier hygiénique. Dans le Pub, seule la bière arrive à noyer le goût aigre du fish and chips et la couche de gras que laissent les frites dans votre bouche.

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Samedi,
Retour à l’Autojumble…

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Les paupières engluées par la Guiness, votre acolyte s’efforce de vous motiver tandis que vous digérez le picrate ignoble que les anglais destinent traditionnellement à leurs automobiles:

“Onarriveuneheureavant, ceserasuffisant” balbutiez vous.

Ce n’était pas suffisant.

Déjà des centaines d’automobiles se sont rangées en files. Brassés par des anglais en tenues fluorescentes qui vous obligent à rouler dans l’herbe et vous garent dans un balai qui dénote une maîtrise sans pareil de la gestion de troupeaux d’ovidés. A peine le blob rouge abandonné, c’est l’équivalent d’un terrain de football qui s’est recouvert d’automobiles derrière vous. (En vous disant ça, je dois bien reconnaître que je n’ai aucune idée de la taille d’un terrain de foot).

Dans la file qui piétonne vers le musée, bottes, shorts et sacs à dos sont de mise. Amassée devant les portes de l’autojumble, une foule compacte mais détendue décompte les secondes qui la sépare de l’ouverture…

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Vous y êtes…
Enfin!

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Au fur et à mesure que le décompte avance, vous oubliez migraines, picrates, pluie et Fiat rouges. La boite de pandore est en train de s’ouvrir sous vos yeux. Elle se répartit sur cinq champs de la taille d’au moins 27 terrains de Football chacun (…). Dans le premier ce sont les occasions fraîchement camouflées peintes et les lots de la vente Bonhams qui se tient l’après midi. Derrières, trois champs de pièces détachées et un quatrième qui verra s’installer les Trunk Traders le dimanche.

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Première déception, ce n’est pas à l’autojumble que l’on peut faire l’affaire du siècle. Les autos sont finalement rares, souvent modifiées, rarement en bon état et… jamais bon marché. Le seul Land Rover à la vente est une version militaire équipée de sa remorque radio… Plus loin, un Land S1 restauré s’affiche aussi à 47000 €. Vous savez désormais ou placer votre argent: ils grimpent (mieux) plus vite que les Porsche.

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La vente
Bonham’s

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Avant d’accéder aux champs de pièces, la vente Bonham’s vous tend les bras. Les estimations sont très élevées et vous découragent un peu. Vous profitez toutefois du spectacle est des quelques raretés qui y sont présentes: Alfa Spider Touring 1932, l’incroyable Mégola, quelques superbes entretubes. Puis, sur quelques palettes sont posés ça et la des lots de pièces…

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Si ça ne se trouve pas à Beaulieu,
ça n’existe pas

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La plus grande bourse de pièces détachées anglaises du monde. C’est quand même quelque chose. On s’attend à tout. A tout trouver. Il n’y a qu’à regarder autour de vous, tous les chalands se baladent avec une charrette prête à transporter l’immense quantité de pièces achetées à vil prix…

Avez vous traîné trop longtemps à la vente Bonhams? Il est 10H30, l’autojumble a ouvert depuis une heure trente, pourtant, les deux, trois autos qui représentaient une bonne affaire sur le parking sont déjà vendues. Dans les stands, votre la liste de pièces ne s’amincit pas. Il faut croire que tout ce que vous cherchez n’existe pas.

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Un cache culbuteur pour une Healey: Introuvable
2 portes pour une MG B GT: Introuvables
2 réservoirs de XJ6 S1: Introuvables
4 amortisseurs pour une Europe S2: Introuvables.
Sièges fushia pour une Lotus Elite verte: Introuvables
… : Introuvable.

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Dommage, vous auriez eu besoin d’un moteur de Rolls Royce, d’un vilebrequin d’Austin 7 ou d’une coque en aluminium de Ferrari 250 GTO, vous auriez trouvé… En fait le fatras de pièces qui se présente à vous au petit bonheur la chance représente un mélange d’opulence et de rareté.

Certainement aurai-t’il fallu prendre le problème à l’envers: venir à l’Autojumble sans vouloir ne rien acheter et repartir avec une charrette pleine de bidouilles que vous utiliserez peut être une fois trouvée l’auto sur laquelle les monter, finissant ainsi au volant d’une sorte de Bitza bien connu de nos amis britanniques.

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Résultat,
vous êtes frustrés

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L’ambiance est excellente tant tout le monde respire la passion. Entre deux farfouilles de pièces et quelques bières prises assis dans l’herbe, vous ressentez toutefois une grosse frustration. Vous êtes venus pour acheter un Land Rover, nibergue. Vous êtes venus pour faire le plein de pièces introuvables ou trop grosses pour les importer en France, niet.

Est-ce l’alcool, la pluie ou la malbouffe? Vous et votre acolyte en ressentez le besoin, vous devez faire une connerie.

Elle se présente finalement à vous au coin d’une allée de pièces détachées, dans un champ tout au fond. Elle est bien plus petite que prévu. Un regard suffit, vous savez tous les deux que c’est un achat incontournable pour tout crétin enthousiaste amateur d’automobiles…

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Une MG MIDGET

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Le vendeur, un élégant anglais, torse nu, un short de pêche, des bottes en plastique et un chapeau bidon, vous adresse un sympathique “bonejourwe”. Autour de sa chaise de camping, une pile de bordel s’apparentant à des pièces de MG, enfin, plutôt à des MG découpées en morceaux au petit bonheur la chance…

Mais derrière ce fatras, traîne LA MIDGET. Une 1275, de 1970. Elle se reconnaît à sa calandre noire, reculée, et à son pare-choc arrière en deux parties. D’un magnifique Teal Blue avec un intérieur en vinyle biscuit, elle fut restaurée 10 ans auparavant et stockée depuis. Le charmant anglais, Andy, nous affirme qu’il a fait une grosse révision avant de la vendre. Pour le prouver, il installe sa large carcasse derrière le petit volant et lance le démarreur qui peine à initier la combustion. L’auto semble avoir un ralenti régulier. Bien entendu, un essai est impossible. Qu’à cela ne tienne, vous avez 2200 kilomètres pour vous faire un avis, un rabais de 500£ est négocié et l’affaire est dans le sac.

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En ce samedi soir, assemblés autour d’un horrible poisson pané, vous commencez à douter. Lorsque vous aviez présenté un panel de choix à vos chers lecteurs, ils avaient été unanimes: pas une Midget. Traverser la France entière dans une auto qui plafonne à 130 et 1,1 mètre risque d’être une sinécure… Et si elle n’y parvenait même pas? Une panne en pleine Sarthe, sous la pluie, vous conduirait inexorablement à réviser vos choix de vie. Vous terminerez à Cabris, reclus de l’humanité, élevant des émeus et cultivant du panais.

Le lendemain, c’est en Taxi que vous retournez à l’Autojumble. Conduits pas le chauffeur le plus cool du monde. En traversant le New Forest, il vous raconte qu’il y est en tombé en panne, la nuit. Qu’il y a vécu l’expérience la plus traumatisante de sa carrière… Lorsqu’il vous dépose, au fait de votre aventure à venir, il vous fait don d’une dizaine de barres chocolatées:

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“It could be helpful!
Good luck, call me if you need!”

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Il vous faut maintenant rassembler les pièces nécessaires à faire rouler une auto que vous n’avez jamais conduit: huile, loockheed, liquide de refroidissement, un jeu de clés, un jeu de tournevis, du fil électrique, des fusibles, un kit de coupelles pour l’embrayage, des vis platinées, un condensateur, une bobine, un volant, un incroyable booster miniature made in china qui fait lampe, gyrophare, chargeur d’ordinateur, pige et qui peut démarrer un diesel en panne de batterie, le tout dans une housse pas plus grande que le rasoir électrique de votre grand-mère. Ah… vous prenez un extincteur aussi.

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Le timing
se resserre…

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L’autjumble ferme à 17H, c’est le seul moment où vous pourrez circuler dans les allées du salon. Il vous restera alors 3 heures pour faire Southampton => Brighton et prendre le dernier bateau de nuit. Vous utilisez le temps restant pour engloutir quelques bières et profiter de la spécialité du dimanche, les Trunk Traders.

Un champ entier leur est réservé. Ces particuliers viennent en voiture revendre leurs pièces détachées en trop. Sur une table en plastique, une bâche ou directement dans le coffre d’une Bristol, c’est un nouvel ensemble de bricoles qui vous est accessible à vil prix: automobila, brocante, pièces rares à restaurer…

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Lorsque les micros de l’automuseum retentissent pour annoncer la fermeture imminente, vous foncez vers le petit roadster bleu canard et prenez la file de la sortie tentez de vous installer à bord. La porte n’est pas plus grande que celle d’un compteur électrique. Pour rentrer, il faut jeter une jambe sous le volant et courber la tête pour éviter la capote. Ensuite, vous aurez besoin de vos deux mains pour plier votre jambe qui est restée à l’extérieur et la faire passer entre le siège et la portière…

A bord, tout va mieux. La position de conduite est typique des MG, assis plutôt bas, jambes tendues, volant près du corps et levier de vitesses qui tombe parfaitement sous la main. Le volant est placé un peu plus haut que dans une MGB et le conducteur est assis plus bas dans l’auto. Il n’a ainsi pas la sensation d’être assis sur sa voiture comme c’est le cas pour la B. Certes, à deux à bord, l’espace est compté, mais l’habitacle est suffisamment beau et bien conçu pour rapidement éluder votre sentiment de claustrophobie.

Le démarreur élance facilement le 1275 de Cooper S devant vous. Ensuite, habitué aux MG, vous trouvez vite vos repères, la transmission montée sans flector lance l’auto avec quelques hoquets qui trahissent sa conception copiée sur un tracteur Vietnamien. Puis, la direction précise et la suspension bien calibrée vous permettent de parcourir sereinement toutes les allées du salon à bord de la puce anglaise. Autour de vous, les camionnettes s’activent à remballer les tentes et pièces invendues. Tous les travailleurs saluent la bouille de la Midget sur son passage.

Dans l’embouteillage de la sortie, vous retrouvez la jolie Morris Cooper S qui vous avait fait de l’oeil. Son propriétaire bien pressé, tente de doubler toutes les autos de la file. Lorsqu’il se fait arrêter par la sécurité,  tout en montrant son coffre du doigt, il présentera la meilleure excuse du monde:

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Sir, you cannot exit here!
” But… I have a chicken!”

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Vous arrivez enfin sur les petites routes du New Forest. Les Discovery y filent toujours bon train, mais la faible prise au vent de l’auto et son centre de gravité assez bas vous permettent de tenir l’affront. Les poneys du New Forest vous semblent immenses désormais, pourtant, leurs yeux semblent désormais vous adresser une marque de respect quand vous ne ressentiez que moquerie au volant de la Fiat…

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Contre toute attente,
la Midget réussit à se traîner
sur les grands axes…

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Rapidement vous vous apercevrez que les freins ne sont que symboliques. Même une Morris Léon Bollée de 1923 fait preuve de plus d’insistance en terme de freinage. Pour vérifier si cela est normal, vous faites halte à la première station venue. Mauvaise nouvelle, le système de freinage semble bon. Vous en profitez pour contrôler les niveaux, boire une bière et virer le volant en bois.

Regardée bien en détail, votre toute nouvelle auto vous peine de plus en plus à dissimuler un remontage de pièces hétéroclites plutôt hâtif et sans réelle bonne volonté: la hauteur de caisse est cinq centimètres plus basse à gauche, les pneus ont au moins dix ans, il manque un enjoliveur, la sonde de température d’eau ne marche pas, la jauge ne fonctionne que du premier quart au troisième quart …

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Après avoir papoté avec quelques anglais qui faisaient halte comme vous, sanglé un moteur de Jaguar sur une remorque et tenté (en vain) de revendre votre auto, vous repartez, bien entendu sous la pluie, en révisant à la hausse vos distances de sécurité.

Maintenant que vous êtes sur une autoroute, vous testez la mécanique. Le 1275 prend les tours avec force et vaillance. Certes la zone rouge n’est qu’à 6000 tr/minute, mais elle est atteinte rapidement et sur tous les rapports de la boite qui tire très court. La direction est très vive avec deux tours de butée à butée.

Après les cent premiers kilomètres, votre diagnostique est toutefois un peu plus mitigé: les pneus de 10 ans doivent avoir un méplat car passés les 80, leur vibration secoue la voiture comme une machine à laver en essorage avec un tapis dedans. Et il y’a le volant… Ce maudit volant est bien trop petit, bien trop haut et bien trop près. Il donne l’impression de lire une blague de biscuit chinois imprimé en taille 2 sur une feuille A8, mais pendant des heures…

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Embarquement
pour la France

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Vous en êtes certains, il y’a beaucoup de choses pour lesquelles vous êtes doués. Toutefois, la diplomatie, les sports de balles, la patience et réserver des choses sur internet n’en font pas partie. C’est donc après une queue de 3 heures à l’arrière du bateau, à pousser la Midget sous la pluie, que le contrôleur vous apprend que vous avez réservé pour la semaine prochaine…

Heureusement, votre père qui ressemble à un mélange de John Lennon, Stephane Eicher et la reine d’Angleterre n’a pas perdu tout son charme au fil des années. Ainsi, il réussit à négocier avec le personnel de bord pour vous faire embarquer. Lui dormira en première, vous, sur un banc en bois sous les embruns.

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Tous les trajets en bateau de cet acabit se déroulent de la même manière: d’abord, plusieurs dizaines de cigarettes fumées en regardant avec nostalgie le bateau quitter le quai, clôturant la partie anglaise du voyage. Ensuite, c’est un repas médiocre avalé dans le restaurant, assaisonné du vin d’un pays plus habitué à la culture de drogues dures. Puis, une longue attente passée à regarder une moitié des passagers vomir tandis que l’autre ronfle avachie sur des chaises comme un chat sur un sèche-serviettes. Enfin, c’est la file d’attente à la réouverture du bar,  et la prise d’un petit déjeuner salvateur et de sept cafés.

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Comme prévu,
lorsqu’elle touche le sol français,
l’anglaise vous joue des tours.

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Le bateau vous lâche à 5 heures du matin. Pas un bistrot n’est ouvert sur Dieppe. Il pleut toujours. Vous filez par la nationale vers Rouen. Au premier rond point l’arrière de la naine bleue se dérobe brusquement. Les pneus sont vraiment secs… 500 mètres plus loin, c’est la commande d’embrayage qui se fait la malle. Impossible de débrayer sauf en pompant comme un diable. Ce qui passe au début pour une bulle ou une mauvaise purge semble s’empirer au point que vous abordez certains carrefours en troisième, en glisse, pour éviter de toucher la commande de boite.

Il est dix heures. Vous êtes coincés en rase campagne entre Rouen et Chartes. Votre dernière pause café/cigarette/super 98 est interminable: la boite est désormais inutilisable… Deux choix se présentent, demander à la reine d’Angleterre de se coucher dans l’herbe trempée ou trouver un garage pour le faire à sa place. Votre paternel étant encore dans état léthargique, il va falloir se diriger vers Paris pour trouver quelques pièces et un mécano plus ou moins spécialisé.

Ne vous reste plus maintenant qu’à parcourir 150 kilomètres sans rétrograder, sans glisser, et sans tomber sur un embouteillage. Vous êtes fatigués, il pleut, toujours, vous n’avez plus de cigarettes et vous roulez dans un petit machin qui tremble et qui glisse en permanence. C’est maintenant que vous avez envie de tout plaquer… Heureusement, les imbéciles sont toujours accompagnés d’une bonne aura. Trois dérapages dans deux ronds points et un péage passé en jetant la monnaie dans le panier et vous parvenez devant le garage des vieilles anglaises avec vos pièces détachées.

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Ce n’est pas sans plaisir que vous profitez de cette pause pour boulotter les barres chocolatées du chauffeur de Taxi le plus cool du monde tout en buvant le café du garage. Regarder un mécanicien se casser les doigts à votre place vous a toujours procuré un sentiment de confort imbattable.

Le revers: personne à part vous et Stéphane Eicher ne sait proprement réparer une anglaise. Ainsi, lorsque trois heures plus tard, vous repartez pour tenter de boucler une partie des 1000 kilomètres avant la nuit, l’embrayage ne marche pas mieux et la boite à fusibles prend feu…

La problématique de l’embrayage semble aisée, il est mal purgé. La boite à fusibles, c’est moins drôle. Vous revoilà donc de nouveau immobilisé en rase campagne, sous la pluie… Retour au garage. Quelques heures de mécanique passent encore. Vous en profitez pour réparer la sonde de température et fixer le fil qui pendait, causant vos avaries électriques. Le problème d’embrayage est toujours là. Un diaphragme usé vous dit-on. Ce sera bien plus complexe à réparer.

Déçus, maudissant l’anglais avec ses bottes en plastique et son chapeau bidon, vous prenez contact avec Alain un de ses amis en France pour en apprendre davantage sur le margoulin. Il se dit très étonné de l’état de votre auto. Vraisemblablement, Alain lui a acheté plusieurs autos dont il est très satisfait: une rare AC Ace, une des dernières séries, celles qui ont reçu le 6 cylindres de la Spitfire (Ndla: Cela n’a jamais été le cas), et une MGC de 1979 (Ndla: …) qui marche à la perfection…

A la nuit tombée, désappointés, vous décidez de trouver un hôtel à proximité et de vous rincer la gueule à coup de Côte Rotie et de côte de boeuf. Prend ça Andy!

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L’autoroute…
tout le long.

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5H30, la tête encore avinée, vous allez réveiller votre partenaire et prenez la route pour éviter les embouteillages. Ras-le-bol de Paris, de la grisaille et de la pluie qui n’a toujours pas cessé. Quel que soit l’état de ce foutu roadster et quitte à l’abandonner dans un fossé du Morvan, ce soir, vous serez de retour dans le Sud! La Midget démarre dans un bruit de crécelle, mais, oh surprise, l’embrayage fonctionne un peu. Finalement, l’anglaise a été sensible à vos menaces, ou peut être que dans la nuit, les bulles qui faisaient élastique sont remontées. Vous quittez donc Paris sous la pluie, mais de meilleure humeur.

Avec un embrayage à peu près correct, la petite auto continue à distiller son charme. L’habitacle reste étriqué, les vibrations omniprésentes, mais elle commence à accepter la mission qui lui est confiée et le trajet autoroutier commence sans encombres.

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Seule la contenance réduite du réservoir imposera de nombreux ravitaillements, conciliant ainsi avec vos besoins en caféine et en nicotine relativement importants au vu du nombre d’heures dormies, et de leur qualité passable.

Une fois les contrées non pluvieuses regagnées, grâce aux derniers rayons de soleil et à la chaleur du début du mois de septembre, vous tenterez même de décapoter le mini roadster et apprendrez que la manipulation de la capote requiert deux hommes musclés, deux tournevis, un pied de biche et trois heures de temps libre…

Sur les quelques kilomètres de départementale restants, abordés de nuit, les routes sinueuses mais au revêtement parfait et sec du Var siéent mieux aux roulettes périmées du petit roadster. Son moteur plein d’entrain et sa boite courte et précise révèlent un châssis à l’équilibre parfait et un train avant mordant.

Sur le visage de votre partenaire de connerie, un sourire se dessine. Il enchaîne les rapports, l’auto ronfle. Puis il concède:

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“Elle est chouette cette MG”

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Définitivement, la MG Midget est un des roadsters les plus attachants de l’époque. Quelques jours plus tard, elle sera vendue, il vous faut bien un prétexte pour retourner en acheter une à l’Autojumble l’année prochaine!

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Notes

Tous les fait évoqués dans cet articles sont réels…
Un grand merci au garage des Vieilles anglaises, qui nous a dépanné avec sympathie et convivialité.
Au fait Andy, sans rancunes, on a bien rigolé!

2 Réponses

  1. Alexandre

    Ahah, excellente aventure! Bon récit!
    J’étais parti en Angleterre pour trouver et ramener une belle mgb gt mais j’étais revenu bredouille. J’avais en tête ce type de retour 🙂

    Répondre

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