Nous allons vous raconter l’histoire d’un homme qui a recherché la voiture de son grand-père. Il se trouve que c’est aussi l’histoire du plus petit constructeur d’automobiles du monde.

Tout ceci commence avec un peu de Gin: De nombreuses aventures débutent avec un peu d’alcool. Bizarrement, de nombreuses MAUVAISES histoires aussi… Ce soir là, le Gin vous avait déridé et permis de sympathiser Eric, pour lui demander de vous prêter son joli roadster japonnais, et lui d’accepter de bon gré. En échange, vous l’aviez emmené faire un tour dans une Morris Léon Bollée Torpédo.

Et Eric était emballé. La Morris réveilla en lui le souvenir de son grand-père, descendant les Champs Élysées à fond de cale, son fils en bas âge pour passager…

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Il se souvint qu’elle était basse, rapide.
Peut être une sorte de Bugatti…

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Après moult recherches dans ses archives, Eric retrouve une photo de son aïeul, posant fièrement à côté de son auto. Il en est certain, c’est une Robur. Étonnant, pour un homme qui était concessionnaire Peugeot à Toulon. Quoique… A bien y réfléchir, il s’était retiré dans le sud après un certain échec industriel… En fouillant, les surprises continuent: Ce passionné d’aviation fut l’un des premiers membres de l’aéroclub de France.

Avec un bagage d’ingénieur, il avait alors mis sa passion pour l’aéronautique au profit de l’automobile -vous pouvez lire un article à ce sujet-. Il fit ainsi ses premières armes sur les moteurs des automobiles Avions Voisin. Puis, après une brève aventure à Molsheim, il rentra chez Amilcar au poste de directeur technique. La marque, plutôt conservatrice, refusait régulièrement ses propositions de développement. Il s’aperçut qu’il n’était pas seul à regretter cet immobilisme lorsque M. Delmer, un collègue ingénieur, lui proposât de faire équipe dans ce pari fou: créer de toutes pièces un cyclecar, portant leur vision de l’automobile.

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En 1927,
la marque Robur est créée

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En latin, cela signifie Force. Mais l’origine du choix de Robur pour leur marque est ailleurs: cette idée leur fut soufflée par un roman de Jules Vernes: “Robur le conquérant”. Dans cet ouvrage d’anticipation, Robur, ingénieur en aéronautique défie le Weldon Institute, un des premiers clubs d’aéronautique, en affirmant qu’il peut faire voler un engin plus lourd que l’air. Le roman est écrit en 1886, les seuls objets osant alors s’aventurer dans les cieux sont des ballons…

La recherche documentaire se poursuit. Il trouve une réception aux mines datant de 1927 accompagnée d’une fiche d’homologation rédigée à la main. Equipé d’un éclairage électrique et bien que dépourvu d’ailes, ce cyclecar était homologué pour la route. Puis une parution presse dans la rubrique “Voitures de course actuelles”, qui mentionne son train avant sophistiqué et son… 8 cylindres en ligne de 1100 cm3.

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Retrouvée dans un musée du Vaucluse

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Sur la dixième page de résultats de recherche de Google, Eric trouve enfin une photo de la calandre en fer à cheval de la Robur. Puis d’autres photos de détails, notamment cet arrière incroyable, hérité du savoir faire aéronautique de l’ingénieur. La voiture est montrée entourée d’autres anciennes au sein du Musée Automobile de Provence.  Le conservateur du musée propose de contacter son actuel propriétaire pour une éventuelle mise en relation, mais, vous comprenez, il est très discret…

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Cachée au milieu d’une Type 35,
d’une Brescia et d’une Amilcar C6

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Après plusieurs semaines de négociation, le rendez-vous est pris. L’actuel propriétaire de la Robur 8 est curieux de rencontrer un descendant de son concepteur. Ce sera aussi l’occasion pour les deux hommes d’échanger leurs informations sur l’auto. La seule condition: le lieu du rendez-vous devra rester secret… C’est ainsi qu’Eric se rend au 1234 chemin Robert Benoist pour rencontrer l’auto de son grand-père.

Elle se trouve dans une grange, discrète. Nous comprenons rapidement pourquoi: Le monsieur est un passionné de cyclecars. Possesseur d’une Amilcar C6, d’une Brescia et d’une Bugatti Type 35 C, il pilote ses autos en courses de côte et sur tous les circuits de la région. Avec succès à en croire les plaques et les médailles qui remplissent le mur de son garage.

Après des mois de recherche, Eric est enfin face à l’auto de son aïeul. Le propriétaire nous explique son histoire: La voiture commençât par faire ses preuves en compétition. Fraîchement sortie du moule, elle n’y rencontrera pas le succès escompté. Messieurs Renoult et Delmer s’aperçurent ensuite qu’ils arrivaient bien trop tard : les taxes qui favorisaient l’expansion des cyclecars avaient été abrogées en 1924… Le projet est abandonné, la voiture vendue à un pilote, M. Alexis, qui l’inscrira au Bol d’Or et terminera troisième.

L’auto fut récupérée en 1950 par C.A Martin, ancien pilote d’usine chez Amilcar. Il la transmit à son fils, qui la vendit à un marchand béarnais. Elle arrivera enfin chez Philippe Orssaud, puis dans les mains de notre actuel propriétaire. La Robur 8 était alors en triste état: Sa culasse, en fonte, était devenue poreuse, rendant l’auto inutilisable. Coupée en tranche, elle servit à construire un moule pour produire une nouvelle culasse en aluminium. Après plusieurs essais, la Robur 8 pouvait enfin reprendre la… course.

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Une compilation 
du meilleur de l’époque

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La carrosserie a été réalisée chez Charles Duval. Elle repose sur un châssis constitué de deux longerons en U entretoisés par trois traverses en tôle d’acier et par quatre tubes en travers. Des amortisseurs à friction retiennent un pont qui provient d’une Amilcar. Le réglage d’avance sur le tableau de bord, le circuit de freinage à câbles, son système de tension par chaîne semblent tout droit inspirés par Ettore. Sur l’auto, on retrouve d’ailleurs de nombreux écrous Bugatti et leur forme particulière.

Bien entendu, la pièce de résistance, c’est ce moteur. Un 8 cylindres en ligne de 1080 cm3. Reposant sur dix paliers, il dispose d’une lubrification par carter sec et de soupapes en tête, à doubles ressorts, entraînées par  des culbuteurs. Le carter forme une seule pièce de fonderie avec le bloc. Alimenté par deux carburateurs Solex, il développe 48 chevaux à 5500 tours/minute. Il est relié aux roues arrières via une boite à crabots à quatre rapports, vraisemblablement impossible à manœuvrer.

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Le moteur s’élance dans
un vacarme étonnant

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Vous êtes en train d’écouter le moteur tourner de la survivante d’une marque qui n’a produit qu’une auto. Calé sur un ralenti rapide, il émet un son  rauque et saccadé qui est très loin de celui d’une Bugatti. On dirait un mélange de moteur hors-bord et de formule 1.

Eric en profite pour s’installer à bord. Même si elle a été repeinte, que sa sellerie a été changée, la Robur 8 affiche une patine qui laisse croire qu’elle arrive directement des années 30. Eric est ému. Il se rappelle des histoires de famille, de cet objet qui éveillait la curiosité de tout le monde. Messieurs Renoult et Delmer étaient les plus petits constructeurs motoristes du monde: 1 seul exemplaire a été produit. Pourtant, grâce à une poignée d’enthousiastes, cette incroyable machine a réussi à traverser une guerre et presque un siècle. Vaillamment, son 8 cylindres continue de l’emmener sur route et sur circuit, où elle continue à faire des merveilles et perpétue la marque qui affiche le meilleur taux de survie de tout le marché: 100% de ses automobiles ont survécu!

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Remerciements

Nous tenons à remercier chaleureusement le Musée Automobile de Provence ainsi que le propriétaire de la Robur, qui ont accepté de nous recevoir et d’échanger avec nous.

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